Même pas peur !

Dans ma REPpublique à moi, on met des mots sur tous les maux, sans tabou et tous ensemble.

« Mais, Maîtresse, c’est quoi un terroriste en fait ? »

L’attentat a eu lieu trois jours plus tôt. Un supermarché. Une toute petite ville de province.

« Mais, normalement, ça se passe à Paris, ces trucs-là, non? »

Paris c’est loin.
Paris c’est pas nous.
Paris, ça n’existe presque pas, en vrai.

Le Super U, ils connaissent tous. Quand ils ont vu les images à la télé, pendant le week-end, ils ont reconnu le grand U bleu, « comme derrière chez moi, maîtresse! ». Mais le reste, ils n’ont pas vraiment compris. On ne leur a pas vraiment expliqué.

Je suis tombée sur une discussion entre enseignants, sur un réseau social.
« Et vous, vous allez en parler en classe ?
– Ah non, s’ils ne posent pas de question, je préfère éviter, répondait l’un.
– Bien sûr que non, c’est aux parents de faire ça. On risque de leur faire peur, rajoutait l’autre ».

Et si les parents n’en parlent pas ?
Et si les enfants ne posent pas de question ?

On a regardé une petite vidéo. Un petit sujet qui résumait ce qui s’était passé.
Otages.
Ravisseur.
Morts.
Blessés.
Survivants.
Etat islamique.
Terroriste.

Oui, ça a été long.
Non, cela n’a pas été simple.
Mais on a parlé.
On a mis des mots. Des mots simples, trop simples diront certains. Mais des mots, c’est l’essentiel.

« Mais pourquoi ils tuent maîtresse ? Ils ont la même religion que moi mais dans ma religion, on ne tue pas, on n’a pas le droit »

Ils se sont livrés.
Ils se sont offusqués.
Ils se sont opposés.

« Un terroriste, c’est quelqu’un qui sème la terreur, qui veut qu’on ait tous peur, qu’on arrête de vivre tellement on a peur »

D. s’est levé et, fièrement, il a dit « Bah moi, je n’ai même pas peur ! »
« Moi non plus » a ajouté A., puis Y., puis L., puis tous les autres.

Moi non plus, a pensé la maîtresse, encore moins maintenant.