Ma fille, cette championne.

Dans ma REPpublique à moi, on rencontre des petits êtres humains qui fournissent des efforts monstres, qui seraient prêts à tout pour qu’on les regarde, pour qu’on les aime. Même si ce que certains exigent d’eux s’éloigne un peu trop de l’essentiel.

Elle est souriante.
Elle est jolie.
Elle est polie.
Elle est calme.
Elle est brillante.

Pas un exercice qui lui échappe. Pas une nouvelle notion qu’elle ne maîtrise pas tout de suite, et bien. Et elle aime ça. Enfin, c’est ce que je crois, ce que je vois. Parce qu’elle en redemande, tout le temps, encore et encore.

Elle est jeune pourtant, plus jeune que les autres. Un an de moins. Elle a « sauté » une classe parce qu’elle le pouvait et aussi, parce que Maman le voulait.

« Est-ce qu’on peut sauter deux classes, madame ? Me demande Maman justement, lorsque je lui remets le bulletin truffé de A de sa progéniture.
– En théorie, rien ne l’empêche, mais…
– Mais ?
– Mais il faut penser à elle, peut-être qu’il faut aussi qu’elle reste avec des enfants qui ont presque son âge, qu’elle mûrisse, qu’elle grandisse, à son rythme. »

Alors elle fait parfois d’autres exercices, plus compliqués, plus longs.
Aujourd’hui, je lui ai rajouté un chiffre à chaque nombre à diviser.
Elle s’en est sortie.
Très bien.
Il faut la nourrir et elle a faim.

Le Français n’est pas sa langue maternelle. D’ailleurs, à la maison, on ne le parle pas, ou peu. Elle le maîtrise parfaitement, mieux que d’autres, avec parfois, rarement, un mot qui lui manque.
Elle m’aide avec A., mon petit Syrien.
Elle lui traduit des consignes, lui explique des exercices.
Ca la rend fière.
Elle sourit.

Comme toujours, ou presque.
Parce que ce qu’elle n’aime pas, pas du tout, c’est quand il y a un B sur une évaluation. Ou quand elle vient faire corriger ses exercices à mon bureau et qu’il y a une erreur, une toute petite erreur. Alors elle pleure, chaudement.
Elle n’a pas aimé non plus, la semaine dernière, quand je leur ai proposé une évaluation sans les avoir prévenus avant, comme je le fais d’habitude. Elle a tellement pleuré qu’elle en a mouillé sa copie, sans faute.

Un soir, j’ai reçu un mail de Maman, à 21h, veille de jour d’école.
« Madame, il faut que je fasse réviser les mathématiques à ma fille, pouvez-vous me communiquer des exercices ? ».
Je n’ai pas répondu.

A 17h, quand elle attend sa fille devant le portail, elle lui sourit peu. La gamine s’approche, Maman lui parle. Je ne comprends pas leur langue mais j’entends la fille répondre « Oui, tout juste » ou « Oui, 100% à la dictée » ou, parfois, tête basse, « que des A, mais un B, juste un ». Je me demande ce qui se passe ensuite.

On a commencé cette semaine à préparer le cadeau de la fête des mères. Je leur ai demandé de remplir un petit carnet pour leur Maman avec des phrases qu’ils auront écrit, eux-mêmes.

« Maman, ce que je préfère faire avec toi, c’est….. »

Faire la cuisine ?
Aller me promener ?
Faire les courses ?

Non, elle, ce qu’elle préfère faire avec Maman, c’est « réviser mes évaluations ».

« Maman, tu aimes quand je… »

Te dis je t’aime ?
Te fais rire ?
T’aide à mettre la table ?

Non, elle, sa Maman, elle aime quand « j’ai des bonnes notes ».

Elle est souriante.
Elle est polie.
Elle est jolie.
Elle est calme.
Elle est brillante.

Est-elle heureuse ?

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