Nos amies les (toutes petites) bêtes.

Dans ma REPpublique à moi, il y a des enfants, beaucoup d’enfants. Des adultes, quelques-uns. Et des fois, d’autres êtres vivants, par centaines, par milliers…

« Je pense qu’il y en a un demi-million.
– Tu exagères.
– Non, je t’assure, regarde. »

C. est debout dans le couloir. L, sa maîtresse, la tient par l’épaule. C. regarde par terre, honteuse. Elle n’est pas très grande. Enfin, c’est sans compter sur la hauteur de sa chevelure. 20 centimètres, à vue de nez. Noirs, frisés, ils tiennent tout seuls en hauteur et C., elle les adore ses cheveux qui tiennent tout seuls.

« Approche-toi, vraiment.
– … Oh m…
– Comme tu dis.
– Un demi-million, c’est ça. »

Le demi-million en question a l’air de bien s’amuser, dans la chevelure qui tient toute seule. Et que je saute, et que je me faufile dans un tunnel par ici, et que je ressors pas là. Pas compliqué d’imaginer le nombre de petites bêtes qui s’amusent encore plus, en dessous, tout en dessous.

« Mais ils sont énormes !
– Un demi-centimètre pour certains, je n’ai jamais vu ça.
– Désolée C., je recule, parce que moi aussi, ils m’aiment bien tu sais… ».

C. fait la moue. On sent que les larmes ne vont pas tarder à lui monter aux yeux. On la rassure, on lui explique qu’on va appeler Papa, qu’il va s’en occuper, que nous aussi, ça nous est déjà arrivé d’en avoir sur la tête, que ça ne veut rien dire, tout le monde peut en attraper.

C., elle vit seule avec son (vieux, très vieux) père. Maman est en Afrique. Papa est venue la chercher là-bas quand elle avait 5 ans. C’est mieux pour elle, a dit Maman. Sauf qu’avoir 9 ans et vivre avec un Papa de plus de 70 ans, ce n’est pas facile. Ni pour l’un, ni pour l’autre. Et avoir plus de 70 ans et devoir se battre contre un demi-million de poux dans une chevelure qui tient toute seule, ça non plus ce n’est pas facile.

Papa nous dit qu’il a traité. On lui répond que visiblement, cela n’a pas suffi. Il dit qu’il a proposé à C. de couper ses cheveux, qu’elle n’a pas voulu. Alors on explique à C. qu’elle n’a plus le choix, que ça va repousser, qu’elle sera quand même très belle. C. grimace.

« Quels produits avez-vous utilisé ?
– Du vinaigre.
– Et ?
– C’est tout.
– C’est tout ?
– Oui… C., va par là-bas s’il te plaît, je te rejoins. Je n’ai plus d’argent madame, je ne peux pas acheter de produits en pharmacie. Et puis…
– …
– On n’a plus d’eau chaude depuis 3 mois. La chaudière est cassée, je n’ai pas les moyens de la réparer. »

C. est revenue le lendemain avec les cheveux plus courts. Juste un peu. 10 centimètres de hauteur, au lieu de 20. L. m’a fait venir dans le couloir encore. Je me suis approchée, mais pas trop, cette fois. Grosse ambiance encore. Version châteaux gonflables. En voilà un qui saute, un autre qui passe en dessous. J’ai même cru en voir un faire un saut périlleux. Mais ça, c’est peut-être mon imagination.

« Est-ce qu’on a assez d’argent dans la coopérative scolaire pour aller lui acheter un produit anti-poux ?
– Oui, bien sur.
– Alors la secrétaire va y aller.
– Il faudrait qu’elle prenne une mousse, pour qu’on n’ait pas besoin de rincer. Et puis peut-être un produit pour laver les draps, les fringues aussi. »

Une heure plus tard. L. a demandé à ses élèves de faire des exercices de mathématiques. Elle est dans les toilettes avec C.. Quand j’arrive, L. a mis des gants et elle étale la mousse sur la chevelure qui tient toute seule. On essaie de passer le peigne. Compliqué. Le cheveu n’est pas vraiment raide. On appelle Papa. Il vient la chercher. Il faut qu’elle garde ça sur la tête au moins jusqu’à demain matin. Avec ce produit là, lavez tous ses draps, ses vêtements, ses manteaux, les coussins.

On n’a pas vu C. pendant trois jours. Elle est revenue avec la cheveux encore un peu plus courts. Ça lui va vraiment très bien. On n’a pas tout de suite osé regarder. Et puis il a bien fallu. On a vu un peu moins de monde dans les châteaux gonflables. Mais quelques-uns (un demi-millier) avait résisté. Et puis on a regardé quelques secondes les autres élèves. Et on a vu quelques mains se lever, quelques doigts se poser sur les têtes. Et gratter.

Anouk F

3 réflexions sur « Nos amies les (toutes petites) bêtes. »

  1. Pas de Rep pour moi mais zone (très) rurale….
    Je ne sais pas si ça marche sur tous les types de cheveux mais un masque avec un gros gras, c’est radical.
    Par ici on précise d’acheter un pot de mayonnaise le moins cher. 1€. On s’en badigeonne tout le crâne. On met un film etirable par dessus 1h. On rince. Le gras fait glisser les poux. On rerince. Parce que c’est très gras…
    Puis lavande. Plutôt radical et approuvée par les parents!

    Bon courage. Et merci pour ce témoignage. Et une bise à C.

  2. Je me suis gratté la tête tout au long de ma lecture !

    La mayonnaise maison marche très bien aussi, le top étant d’ajouter quelques gouttes d’une huile essentielle anti-parasitaire (lavandin super, lavande vraie ou officinale, tea-tree, géranium rosat, niaouli, clou de girofle, palmarosa, origan… ces deux dernières étant à réserver aux adultes) avant de la faire monter, et d’utiliser de l’huile de colza, qui a une action insecticide. Bien imprégner partout partout les cheveux, le cuir chevelu, la nuque, derrière les oreilles…
    La mayonnaise tue les poux & nymphes (et morpions) par étouffement, ils ne peuvent pas respirer dedans. Par contre ça ne tue pas les lentes donc il faut le faire plusieurs fois, à une grosse semaine d’intervalle, pour tuer les nymphes après éclosion avant qu’elles soient en mesure de se reproduire.
    Une heure de pose me semble peu, je laisse deux bonnes heures sous film étirable ou bonnet de douche (à jeter après). Pour faciliter le rinçage, on peut mélanger un peu de bicarbonate de soude / sodium à son shampooing (c’est un dégraissant).
    Mais on peut aussi tuer poux, nymphes *et lentes* avec du bicarbonate seulement (il est aussi insectifuge) : saupoudrer une bonne quantité (+ ou – un verre) à la racine des cheveux secs, masser pour bien répartir sur les cheveux et le cuir chevelu, humidifier les cheveux (avec un vaporisateur pour plantes), couvrir avec un film plastique et garder toute la nuit avant de rincer.
    J’ai longtemps eu une voisine & amie dont la fille était une tête à poux, et j’ai les cheveux longs jusque sous les fesses. Chaque fois qu’il m’est arrivé de me gratter la tête après être allée chez elles j’ai enchainé ces deux techniques et je me suis toujours débarrassée de ces vilaines petites bêtes du 1er coup.
    L’huile essentielle de lavandin super et de tea-tree sont aussi efficaces comme répulsif, mais il faut supporter leur odeur au quotidien !

    Je n’ai lu que tes derniers articles pour l’instant mais tous avec un grand plaisir et beaucoup d’émotions. Merci de partager ces moments de vies et ces portraits touchants !

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